Pour Google, nous sommes des pigeons bons à plumer

Le quotidien « Le Soir » de ce jour nous informe que le stockage de photos dans Google va devenir payant au-delà de 15 GB. Cela peut paraître normal si l’on considère qu’un service doit pouvoir être rémunéré. Mais c’est oublier que Google se finance grassement en nous volant nos informations sur nos comportements, notre identité, nos sensibilités. ll les vent bien chers sans s’occuper de notre volonté de voir nos informations communiquées sur le marché numérique. Mais Google ne se satisfait pas de nous voler, en plus il va nous demander de payer. Pour avoir une idée des pratiques de Google qui est un des vaisseaux amiraux du capitalisme de surveillance, je vous invite à lire le dernier livre de S. ZUBOFF « L’âge du capitalisme de surveillance ». Plus d’infos sur www.clauderolin.eu (La photo est tirée du Soir mais le titre a été ajouté)

Comprendre le capitalisme de surveillance

Si nous avons entendu parler du nouveau secrétaire d’État à la digitalisation, c’est probablement parce que sa nomination était le fruit d’une stratégie chaotique conduite par son président de parti. Comme tout « fils de » et aussi « frère de » il va maintenant devoir se faire un nom. D’aucuns peuvent penser que c’est un strapontin qui lui a été offert, une compétence légère visant à assurer les équilibres politiques au sein du gouvernement et du Mouvement réformateur. Pourtant, cette compétence est des plus importantes pour le futur de notre démocratie.

Nos ministres de la Santé ayant permis, malgré la pandémie,  à Saint-Nicolas de vaquer à ses occupations, il est à espérer qu’il n’oubliera pas les petits souliers de notre secrétaire d’État et qu’il déposera, sous la cheminée le dernier livre de Shoshana ZUBOFF « L’âge du capitalisme de surveillance ».

Certes, ce livre est une brique de 700 pages, mais cet ouvrage, très argumenté se lit facilement, un peu à la manière d’un thriller. Professeur à la Harvard Business School, l’auteure est une spécialiste reconnue des questions liées au numérique. Elle démontre comment le capitalisme de surveillance est en train de supplanter les autres formes de capitalismes. Ce capitalisme « revendique l’expérience humaine privée comme matière première » et il « s’en sert dans des opérations secrètes d’extraction, de production et de vente ». Ce capitalisme, dont les Gaffa sont les vaisseaux amiraux est occupé à prendre le contrôle, non pas seulement de nos données, de nos comportements, mais plus grave encore a comme projet de les influencer et de les contrôler. Avec cette nouvelle forme de capitalisme, c’est une tyrannie qui se met en place. Le capitalisme industriel a mis en péril la nature, mais ce nouveau capitalisme annonce une nouvelle extinction, « elle ne concernera pas la nature, mais ce qui était jugé de plus précieux dans la nature humaine – la volonté de vouloir, le caractère sacré de l’individu, les liens intimes, la sociabilité qui nous lie les uns aux autres,  …. ».

Non contente de nous alerter sur ces phénomènes, l’auteure nous donne quelques pistes pour résister, le droit à l’oubli et surtout la loi qui doit encadrer les activités de ces entreprises. Le règlement européen sur la protection des données (RGPD) est un pas dans le bon sens, mais j’ai la conviction que nous devons aller plus loin. Protéger la vie privée, mais également doter l’Union européenne d’outils propres, contrôlés démocratiquement avec des règles éthiques. À quand un Facebook, un Google européen ? C’est une question de démocratie.

Un livre indispensable qui doit être lu par tout politique, tout acteur de la société, tout enseignant et plus globalement, par toutes celles et ceux qui utilisent leur PC ou leur GSM.

Shoshana ZUBOFF, « L’âge du capitalisme de surveillance » Editions Zulma, 2020

Privilégiez votre libraire du coin.

Relire Max Weber au regard de l’actualité

Bien qu’écrits en 1919, les deux textes de Max Weber publié dans « Le savant et le politique »[i] donnent un éclairage particulier à l’actualité.

Le premier texte, « Le métier et la vocation de savant » Weber questionne la formation des scientifiques de son époque, mais surtout montre que la science ne peut répondre à la question fondamentale du « Que devons-nous faire ? Comment devons-nous vivre ? ». Il considère que dans les sciences « non seulement notre destin, mais encore notre but à tous est de nous voir un jour dépassés. Nous ne pouvons accomplir notre travail sans espérer en même temps que d’autres iront plus loin que nous. En principe, le progrès se prolonge à l’infini ». Max Weber critique vertement ceux qui se présentent en sauveurs ou en prophètes.  Ceci peut nous donner à réfléchir et à appréhender différemment les débats et désaccords qui peuvent s’exprimer dans le monde scientifique.

L’image contient peut-être : une personne ou plus et barbe, texte qui dit ’«Il ne peut y avoir de aricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir la manière d'un parvenu ou encore Narcisse aniteux de son pouvoir» Max WEBER’

Le second texte « Le métier et la vocation d’homme politique » donne un éclairage encore très actuel sur notre démocratie et sur la façon de faire de la politique. Après avoir défini ce qu’est le politique, il catégorise les hommes politiques. Pour lui, « tout homme qui fait de la politique aspire au pouvoir, soit parce qu’il le considère comme un moyen de servir d’autres fins, idéales ou égoïstes, soit qu’il le désire pour lui-même, en vue de jouir du sentiment de prestige qu’il éprouve ». On peut vivre pour la politique ou en vivre, les deux pouvant se conjuguer. Sa critique du rôle des chefs de partis est acerbe. Analysant le fonctionnement politique anglais de son époque il constate que « les parlementaires anglais… sont généralement réduits à la condition de bêtes à voter, parfaitement disciplinés ». Il poursuit en affirmant que « le parlementaire n’a rien d’autre à faire que de voter et ne pas trahir son parti, il doit faire acte de présence lorsque que le whip l’appelle et exécuter… ».


Son analyse porte sur une autre époque, mais je ne peux m’empêcher de sourire quand, au Parlement européen, les groupes politiques, avant les votes, distribuent aux députés ce que l’on appelle une « whip list » leur indiquant comment ils doivent voter. Whip est un mot anglais qui peut être traduit par « fouet ». Tous sont loin de s’exécuter, car le Parlement européen est certainement un lieu où les parlementaires peuvent, à condition d’avoir un minimum de courage, s’offrir la liberté de voter en conscience. Cette pratique démontre néanmoins une certaine conception du parlementarisme que l’on retrouve souvent dans nos parlements nationaux ou régionaux. Gare à celle ou celui qui ne respecte pas les consignes du parti, il ou elle doit savoir que son avenir politique peut être compromis.

Le propos de Weber devient encore plus acide quand il évoque la vanité de certains politiques, car « il ne peut y avoir de caricature plus ruineuse de la politique que celle du matamore qui joue avec le pouvoir à la manière d’un parvenu ou encore Narcisse vaniteux de son pouvoir ». C’était effectivement une autre époque, mais il est possible que notre regard se porte sur des politiques, en Belgique ou à l’étranger,  qui ont, dernièrement, fait la une des pages de nos journaux ! Ceci dit, la critique de Weber, comme la mienne, ne vise pas une personne en particulier, elle vise « tout adorateur du pouvoir comme tel ».

C’est notamment dans cette conférence que Weber aborde les concepts d’éthique de conviction et d’éthique de responsabilité. Une question centrale pour comprendre les tensions qui sont inhérentes à l’action politique. Isoler l’une de l’autre conduit soit à vider de son sens l’engagement politique, soit à se réfugier dans un verbe aussi généreux qu’inutile.

[i] Max Weber, Le savant et le politique, 10/18, 2015

Sortir de la crise par la coopération

La dernière livraison de la revue « Esprit » nous offre une interview du philosophe de l’École critique de Francfort, Axel Honneth. Face à la crise que nous traversons, il prône la coopération. Il évoque notamment l’importance pour un gouvernement de pouvoir exprimer ses difficultés à « contrôler la crise de manière ouverte, publique et rationnelle ». C’est pour lui une des conditions de la démocratie. Le philosophe allemand pointe également la détérioration de l’espace public et l’état déplorable des partis politiques du fait de plusieurs facteurs, dont leur obsession électorale. Il met aussi en exergue le fait que les médias « ne remplissent pas correctement leur mission publique d’information et d’éducation à cause des privatisations économiques ». Dans cette interview, il insiste sur le fait qu’en raison de leurs conditions de travail, beaucoup de citoyens ne peuvent pas réellement participer au processus démocratique. D’où, me semble-t-il, l’absolue nécessité de changer les conditions de travail et de renforcer le travail d’Éducation permanente

La justice n’existe pas sans la liberté

Le monde de ce matin publie une tribune qui retient mon attention. Bien qu’elle porte sur les Etats-Unis il me semble elle doit également alimenter notre réflexion en Europe. Elle est signée par plus de 150 écrivains et artistes dont Noam Chomsky, Salman Rushdie et Michaël Walzer.

« Nos institutions culturelles sont aujourd’hui à l’épreuve. Les puissantes manifestations en faveur de la justice raciale et sociale revendiquent une réforme de la police trop longtemps différée et font plus largement entendre des appels pour davantage d’égalité et d’inclusion dans notre société, notamment dans l’enseignement supérieur, le journalisme, la philanthropie et les arts.

Mais cette nécessaire prise en compte a aussi renforcé tout un ensemble de postures morales et d’engagements politiques qui risquent d’affaiblir les règles du débat public et l’acceptation des différences au profit d’un conformisme idéologique. Autant nous avons salué la première phase de ce mouvement, autant nous voulons nous élever contre la seconde.

Les forces illibérales gagnent du terrain partout dans le monde et trouvent un puissant allié en Donald Trump, qui représente une réelle menace contre la démocratie. Notre résistance ne devrait pas conduire au dogmatisme ou à la coercition. L’inclusion démocratique que nous appelons de nos vœux ne peut advenir que si nous refusons le climat d’intolérance général qui s’est installé de part et d’autre.

Crainte des représailles

L’échange libre des informations et des idées, qui est le moteur même des sociétés libérales, devient chaque jour plus limité. La censure, que l’on s’attendait plutôt à voir surgir du côté de la droite radicale, se répand largement aussi dans notre culture : intolérance à l’égard des opinions divergentes, goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme, tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. Nous défendons le principe d’un contre-discours solide et même caustique de toutes parts.

Or, les appels à sanctionner rapidement et sévèrement tout ce qui est perçu comme une transgression langagière et idéologique sont devenus monnaie courante. Plus inquiétant encore, des dirigeants institutionnels, ne sachant plus où donner de la tête pour limiter les dégâts, optent pour des sanctions hâtives et disproportionnées plutôt que pour des réformes réfléchies.

« La censure, que l’on s’attendait plutôt à voir surgir du côté de la droite radicale, se répand largement aussi dans notre culture »

On renvoie des rédacteurs en chef pour avoir publié des articles controversés ; on retire des livres sous le prétexte d’un manque d’authenticité ; on empêche des journalistes d’écrire sur certains sujets ; on enquête sur des professeurs à cause des œuvres littéraires qu’ils citent en classe ; un chercheur est renvoyé pour avoir fait circuler un article scientifique dûment examiné par des pairs ; et on limoge des dirigeants d’organisation pour des erreurs qui ne sont parfois que des maladresses.

Quelles que soient les raisons invoquées, la conséquence en est qu’il est de plus en plus difficile de prendre la parole sans craindre des représailles. Nous en faisons déjà les frais, à en juger par l’aversion au risque qui se développe parmi les écrivains, les artistes et les journalistes, inhibés par la peur de perdre leur gagne-pain s’ils s’écartent du consensus ou même s’ils ne font pas preuve du zèle attendu pour se conformer.

La justice n’existe pas sans la liberté

Cette atmosphère étouffante va finir par nuire aux causes les plus vitales de notre époque. Restreindre le débat, que ce soit le fait d’un gouvernement répressif ou d’une société intolérante, nuit immanquablement à ceux qui ne détiennent pas le pouvoir et nous rend tous moins aptes à participer à la vie démocratique.

Pour vaincre de mauvaises idées, il faut les exposer, argumenter et convaincre, et non pas essayer de les taire ou espérer qu’elles disparaissent.

Nous rejetons les faux choix qu’on nous présente entre la justice et la liberté : l’une n’existe pas sans l’autre. En tant qu’écrivains, notre métier repose sur la marge que la société nous accorde pour l’expérimentation, la prise de risque et même l’erreur. Nous avons besoin de préserver la possibilité d’un désaccord de bonne foi sans conséquences professionnelles désastreuses. Si nous ne défendons pas ce qui est la condition même de notre travail, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que le public ou l’Etat le fasse pour nous. » (Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria)

«Le vivre ensemble aux soins intensifs»

C’est la grande victoire idéologique des néo-libéraux d’avoir pu faire pénétrer dans les esprits l’idée de « charges » fiscales ou de charges sociales en lieu et place de contributions. Il est grand temps que l’impôt soit enfin regardé comme un outil indispensable au « vivre ensemble », affirme dans une carte blanche Claude Rolin

«Le vivre ensemble aux soins intensifs»

Par Claude Rolin (ancien député européen et président des Mutualités chrétiennes de la province de Luxembourg)Le 11/05/2020 à 15:00

Si la pandémie que nous traversons soulève de nombreux défis, il est un qui me semble être trop souvent passé sous silence, celui de la capacité de nos sociétés démocratiques à sauvegarder et renforcer les mécanismes qui permettent le « vivre ensemble ».

Sommes-nous en guerre ?

Les mots que nous utilisons pour nommer les choses sont lourds de sens. À la différence de notre Première ministre, le président français, Emmanuel Macron, comme d’autres, nous parle de guerre. L’usage de ce terme est problématique pour plusieurs raisons. Non parce qu’il évoque la gravité de la situation, mais parce qu’il en appelle à des mesures exceptionnelles. En temps de guerre, on désigne des alliés, mais également des traîtres qui doivent être dénoncés comme, par exemple, ces seconds résidents qui ont eu l’outrecuidance de se confiner dans leur lieu de villégiature. En temps de guerre, même les droits fondamentaux peuvent être mis en cause. En temps de guerre, c’est la suspension du politique, il n’y a plus qu’un seul objectif, la gagner. Tout le reste est remisé pour le lendemain de la victoire.

Une guerre se gagne avec des soldats, mais également avec des espions. Ceux qui surveillent le mouvement de l’ennemi, mais également qui nous surveillent tous. Chaque jour, la presse fait écho à la mise en place du « tracing », du traçage. Va-t-on demain nous coller un code QR pour mieux nous tracer. Une fois de plus, méfions-nous de la signification des mots. Je suis heureux de noter que nos ministres régionaux et communautaires de la Santé nous parlent de « suivi de contact » terme beaucoup plus approprié. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un suivi humain, d’un accompagnement, en particulier des personnes les moins favorisées, les plus en difficulté.

Ceux qui rêvent d’un formidable système, qui au travers de nos GSM ou tablettes permettrait de nous pister 24 heures sur 24, devraient porter un regard un peu plus critique sur ce qui se met en place en Chine. Cela nous renvoie à la société panoptique décrite par Michel Foucault qui dans Surveiller et punir notait que « la peste, c’est l’épreuve au cours de laquelle on peut définir idéalement l’exercice du pouvoir disciplinaire ». Il précisait cette vision en affirmant que «  pour voir fonctionner les disciplines parfaites, les gouvernants rêvaient de l’état de peste » Manifestement les Xi Jinping, Orban, Bolsanaro ou Erdogan pensent pouvoir réaliser leur rêve. Les technologies, dont l’intelligence dite artificielle, ne remplaceront pas le contact humain, du moins tant que nous vivons dans une société qui peut s’appeler humanité. Plus fondamentalement, la notion de guerre n’est absolument pas appropriée. S’il nous faut parler de mobilisation, c’est de mobilisation pour le « care », pour le soin dont il doit être question. La guerre, c’est le combat contre l’autre, le « care », le soin, c’est l’attention à l’autre.

Celles et ceux (majoritairement des femmes) qui sont le plus exposés, dont les tâches sont enfin reconnues comme indispensables sont celles et ceux qui exercent les métiers du « care », les métiers de la santé, de l’éducation, du social, du service à la personne ou aussi du commerce ou de la propreté (déchets, poubelles, etc). Métiers qui en temps « normal » sont mal considérés, mal rémunérés… Et surtout, qu’on ne nous parle pas de première, de seconde ou de troisième ligne. Toutes et tous sont essentiels.

L’attention pour l’autre me paraît renvoyer directement à la pensée de philosophes comme Emmanuel Mounier, Paul Ricœur ou Axel Honneth et elle renvoie clairement à la notion de reconnaissance.

Pour une véritable politique de santé publique

La pénurie de masques, de gel, de médicaments est encore loin d’être derrière nous. Elle est révélatrice de notre manque d’anticipation, mais surtout de notre peu d’investissement dans la santé publique.

Nos gouvernements ont, comme beaucoup d’autres, multiplié les économies aux dépens des soins de santé. Il est probable que la ministre actuelle de la Santé en fasse les frais. Mais, en nous focalisant sur elle, nous risquons de passer à côté d’une véritable responsabilité collective. À force de clamer qu’il faut réduire les impôts ou lutter contre la rage taxatoire, nous nous sommes « impuissantés ». Il est grand temps que l’impôt soit enfin regardé comme un outil indispensable au « vivre ensemble ». C’est la grande victoire idéologique des néo-libéraux d’avoir pu faire pénétrer dans les esprits l’idée de « charges » fiscales ou de charges sociales en lieu et place de contributions (avec les épaules les plus larges qui contribuent le plus) et de cotisations sociales.

Quant à la politique de santé publique, nous l’avons oubliée, estimant probablement que les épidémies, c’étaient pour les autres, les Asiatiques ou les Africains. Nos civilisations ont voulu oublier, qu’elles aussi, étaient fragiles. Il nous faut absolument étudier les signaux faibles, financer la recherche publique, ne pas laisser le monopole aux firmes multinationales qui sont obnubilées par leur efficacité financière et développer un ambitieux programme de soutien aux pays les moins favorisés pour qu’ils puissent se doter de véritable politique de santé avec les moyens idoines. Ne l’oublions pas, en laissant l’Afrique, seule face à ses misères, ce sont des bombes sanitaires mondiales que nous prenons le risque de voir exploser.

Nous devrons également repenser la dépendance européenne vis-à-vis de l’extérieur en ce qui concerne les productions stratégiques tant en médicaments qu’en matériel.

La menace d’un virus encore plus dangereux

Contrairement à ce que certains pensent, j’ai la conviction que les crises ne sont pas porteuses de temps meilleurs. Au contraire, elles portent en elles d’immenses dangers. Pour reprendre la célèbre expression d’Antonio Gramsci « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés ». La crise économique et sociale qui s’annonce risque d’amplifier la défiance (déjà existante) entre les citoyens et la démocratie représentative. Les dérives nationalistes et/ou autoritaires sont à nos portes et il est impératif de travailler à la solidification démocratique de nos sociétés. Le principal défi sera de reconstruire le vivre ensemble mis en danger par cette crise et ses multiples répercussions.

Le Soir (11/05/2020)

Le pluralisme, oxygène de la démocratie

À en croire les nombreuses publications et réflexions dans la presse ou sur les réseaux sociaux nous pouvons craindre que la crise du « covid » ne renforce les uns et les autres dans leurs convictions antérieures tout en augmentant la radicalité des propos. Les gauchistes sont convaincus que cette fois, c’est la bonne, c’est la crise finale du capitalisme annoncée par Marx qui va enfin donner naissance à un Nouveau Monde, certains écologistes sont convaincus que cette fois on ne pourra plus fonctionner comme avant, on va manger bio et local, de leur côté, les nationalistes y voient la nécessité d’un retour aux frontières que l’on n’aurait jamais dû quitter, ou des néolibéraux qui se préparent à réactiver leur vielles recettes austéritaires. Les uns et les autres, encore plus convaincus que si leur conception ne triomphe pas, ce sera la fin du monde. Un peu comme si le slogan, maintes fois entendu dans les conflits sociaux « on ne lâchera rien »[i] se généralisait et devenait une ligne de conduite pour soutenir les certitudes. Cette évolution peut être dangereuse pour nos démocraties, car avec cette radicalisation et la généralisation de logique du « on ne lâchera rien » ferment la porte à tout compromis, à toute négociation pouvant conduire à une notion commune du vivre ensemble.  Ce n’est pas la radicalité de la critique qui est en cause ici, car cette radicalité peut même être souhaitable, mais c’est le refus d’envisager toute négociation. Comme l’affirme Paul Ricœur, consensus et conflit ne s’opposent pas, au contraire, ce sont deux notions qui « s’appellent mutuellement et se complètent. D’un côté, la démocratie n’est pas un régime politique sans conflit, mais un régime dans lequel les conflits sont ouverts et en outre négociables[ii] ».

Le Larousse définit le pluralisme comme une « conception qui admet la pluralité des opinions et des tendances en matière politique, religieuse, etc.… ». Le pluralisme est intimement lié à la conception que nous nous faisons de la démocratie, il en est une des bases. Sans pluralisme, il n’y a pas de démocratie, du moins de démocratie libérale.

L’histoire de la démocratie est riche et tumultueuse. Pour la définir, on peut en rester à sa définition étymologique, « démos » et « kratos », pouvoir du peuple. Mais si l’on s’approche de l’objet, de son histoire et de son actualité, il nous faut constater qu’il s’agit d’un concept polysémique. C’est en Grèce que serait née la démocratie. D’aucuns, dont certains « gilets jaunes » prennent la démocratie athénienne en exemple. Pourtant, le peuple qui est au pouvoir est celui d’une élite, elle exclut celles et ceux qui travaillent, les esclaves et même les femmes. Chez nous, elle est marquée par la Révolution française avec les Lumières, mais elle peut prendre des formes très différentes, démocratie représentative, participative, directe ou encore délibérative. Démocratie politique, mais également démocratie économique et sociale, démocratie culturelle … Pas facile d’en saisir les contours, car il y a de nombreuses façons de concevoir comment, au nom du peuple, peut s’exercer le pouvoir.

Sans remonter à l’antiquité grecque et en se limitant au continent européen, le pouvoir s’est d’abord exercé au nom de Dieu. Les rois, les empereurs détenaient le pouvoir par l’intermédiaire de l’institution de l’Église. « Paris ne vaut-il pas une messe ? » aurait déclaré Henri IV. Une rupture survient au moment où, avec le schisme protestant, la religion entre en conflit en voyant s’opposer deux interprétations, il n’y a plus une vérité unique. Cela contraint les gouvernants à s’appuyer sur une autre légitimité ce qui va conduire à placer le peuple au centre du pouvoir. À partir de la Révolution française et, c’est au nom du peuple qu’il va s’exercer.

Mais la notion de peuple est elle-même plurielle, il y a le peuple comme partie de la population (la classe ouvrière, le monde populaire…) ou comme totalité des citoyens. Il est important de reconnaître que le peuple est divers, tout le monde ne pense pas de la même façon, certains sont croyants, d’autres pas, les visions de la société peuvent ne pas coïncider, les intérêts sont différents. 

Nos sociétés libérales (au sens philosophique[iii]) vont devoir s’organiser pour permettre la représentation de cette diversité. C’est le fondement du pluralisme. Il s’exprime notamment au travers des élections avec la présence de différents partis politiques aux valeurs et visions de sociétés différentes. Comme l’explique Pierre Rosanvallon,[iv] « … le principe démocratique est constamment ouvert, et toute tentation d’incarner la volonté définitive du peuple met fin à cette interrogation permanente sur la légitimité qui est, paradoxalement, la seule garantie de légitimité démocratique ». Il affirme également que le peuple reste une puissance que nul ne peut posséder ou prétendre incarner.[v]

Cette expression de la pluralité inhérente à toute société démocratique peut toujours être fragilisée. C’est notamment le cas quand des groupes ou des leaders affirment être l’expression ou la représentation d’un peuple-Un, d’un peuple univoque. Très vite se dresse alors un bon peuple contre un mauvais peuple, voie ouverte sur les populismes, voire sur des systèmes totalitaires ou illibéraux.

Les exemples sont malheureusement nombreux, Orban, le président hongrois s’exprime au nom d’un peuple partageant une même religion, le peuple chrétien en opposition aux autres, c’est un discours que l’on retrouve fréquemment dans les formations d’extrême droite ou même d’extrême gauche.

Le pluralisme s’exprime également par la reconnaissance de la place qu’occupent l’intermédiation sociale, les partenaires sociaux (patronat, syndicats), les ONG, les groupes de pression divers, les associations… Les outils d’intermédiation sociale sont constitutifs du pluralisme.

Ce pluralisme n’est ni facile ni confortable. Il est par nature instable et doit donc en permanence être revisité, défendu et amélioré. Comme l’écrit Michel Wieviorka, il se définit « avant tout par la capacité de faire vivre simultanément l’unité et la diversité conflictuelle du corps social ». Claude Lefort, avant lui, avait défini la démocratie comme le régime qui accepte les contradictions au point de les institutionnaliser.

Le pluralisme est à la démocratie ce que l’oxygène est à la vie.

Claude ROLIN

     21/04/2020


[i] Expression qui peut pleinement se justifier dans le cadre d’une stratégie de mobilisation ou de tentative de modification du rapport de force.

[ii] Paul Ricœur, lecture 1, Autour du politique, page 166.

[iii] Trop souvent, le libéralisme politique est confondu avec le libéralisme économique. Le libéralisme politique fait clairement référence à l’enseignement des Lumières.

[iv] Professeur au Collège de France et auteur de nombreux ouvrages sur la démocratie et la question sociale.

[v] Justine Lacroix in « La démocratie à l’œuvre » Seuil 2015

Il n’y a pas d’Europe possible sans solidarité et donc sans mutualisation.

Si l’accord européen est à saluer, il n’est pas encore à la hauteur des défis. Ceux qui ont empêché d’aller plus loin devraient comprendre l’absolue nécessité d’un système de mutualisation au travers d’Eurobonds. Dans le monde de demain, une voix allemande, celle de Jürgen HABERMAS plaide dans ce sens  » … il fait peu de doutes que seule l’introduction de « coronabonds », prônée également par la France, peut permettre à cet égard une protection efficace ? Ces emprunts garantis sur le temps long par l’ensemble des États membres de la zone € sont les seuls à même d’assurer aux pays du Sud un accès au marché des capitaux. Je ne vois pas de solution alternative aussi secourable sur la durée, à cette proposition ». Les Gouvernements des Pays-Bas et de l’Allemagne vont-ils marquer l’histoire par l’empreinte de leur conservatisme dogmatique ? Il n’y a pas d’Europe possible sans solidarité et donc sans mutualisation.

Union européenne, ne pas rejouer la tragédie grecque

L’incapacité des gouvernements européens à s’accorder sur la finalisation des mesures anti-crise donne un très mauvais signal aux citoyens européens. Certains pays, dont l’Allemagne, mais surtout les Pays-Bas, refusent de jouer le jeu de la solidarité en bloquant la mise en œuvre d’euro-obligations qui permettraient de concrétiser la solidarité européenne. Rappelons que lors de la crise grecque, le gouvernement allemand a systématiquement bloqué sur les mesures d’aides pour finalement assouplir sa position, mais toujours trop tard, avec les dégâts que l’on connaît.

Le moment est à la solidarité vis-à-vis des pays les plus touchés. Le Commissaire européen, Frans Timmermans a raison quand il dénonce l’attitude égoïste et accusatrice du gouvernement néerlandais. Il ne peut être question de conditionner les mesures d’aides à l’obligation de mesures d’accompagnement qui étrangleraient encore un peu plus les populations durement touchées par la crise. L’Union européenne doit être l’expression d’une solidarité véritable.

C’est sur ce terrain que l’Union européenne peut montrer sa plus-value. C’est d’autant plus important qu’en matière de santé ses compétences sont uniquement subsidiaires. Les traités européens ont en effet considéré que la santé publique relevait uniquement de la compétence des États nationaux. Dans le futur, comme le note justement « Terre Nova », il faudra certainement renforcer les capacités européennes de gestions des crises épidémiques notamment au travers d’un mécanisme d’alerte et de la mise en place d’une capacité européenne d’achat, de stockage et de production de matériels et de médicaments.

Ne reproduisons pas les erreurs du passé, engageons-nous résolument pour une Europe des solidarités tournant le dos aux politiques d’austérité et aux dogmes néolibéraux.

Une crise révélatrice des inégalités

Sociologue et spécialiste des questions relatives à la digitalisation, Antonio CASILLI a publié de nombreux ouvrages dont le dernier « En attendant les robots, enquête sur le travail du clic » en 2019. Ce jeudi, « Libération » publie une interview où il décrit la façon dont le confinement se décline différemment selon sa place dans la société. En synthèse, il montre que cette crise est révélatrice d’inégalités dans le monde du travail et dans la société. Il pointe également les limites du mythe de l’intelligence artificielle.

Pour le sociologue Antonio Casilli, la crise du coronavirus est révélatrice des inégalités entre ceux qui peuvent télétravailler et les employés en fin de chaîne, caissiers, livreurs ou transporteurs, dont les métiers sur le terrain s’avèrent indispensables. Malgré les promesses du tout-numérique.

«Le confinement se décline différemment selon sa place dans la société»

Le confinement lié au coronavirus met au jour les limites de la société du tout-numérique : les visioconférences ne remplacent pas les amis, le télétravail devient pesant sans aucun contact réel, les ordinateurs tombent en panne pour ceux qui en ont. Pour le sociologue Antonio Casilli, professeur à Télécom Paris, la crise révèle une fracture sociale qui sous-tend ces inégalités numériques, entre travailleurs en bout de chaîne (caissières, livreurs, transporteurs, etc.) et cadres télétravaillant depuis chez eux, ou mieux depuis leur maison de campagne. Pour l’auteur d’En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic (Seuil, 2019), cette crise pourrait en sus avoir une conséquence inattendue : l’intelligence artificielle, privée de ses travailleurs du clic, risque dans les prochains mois de devenir moins intelligente.

Profiter de la quarantaine, est-ce un privilège de classe ?

La quarantaine se décline différemment selon sa place dans la société. Pour ceux qui ont un capital financier qui leur permet d’avoir des biens immobiliers, des résidences secondaires, des jardins, le confinement peut se transformer en une expérience de retraite, de loisir, de déconnexion. Ce sont souvent les personnes issues des catégories sociales les plus aisées, qui sont dotées d’un capital social plus important et qui déjà, en temps normal, sont ciblées par ce discours de la «détox sociale». Cela ne change pas : le confinement est maintenant vu comme l’occasion de se décharger de cette surenchère de sociabilité à laquelle ils étaient exposés auparavant.

Mais il y a des laissés-pour-compte : des personnes qui font partie des classes populaires, qui assurent les last miles jobs [emplois du dernier kilomètre, ndlr]. Ce sont ceux qui réalisent le dernier bout de la chaîne de production ou d’approvisionnement : livrer, transporter, conduire, conditionner, vendre. lls réalisent des activités qui les mettent dans des situations de proximité avec les autres – et qui ont donc des risques de contamination plus importants.

Que révèle le confinement sur la nature de ces professions ?

La première chose est que ces métiers ne s’arrêtent pas avec la quarantaine. Ces dernières années, ces employés ont été les plus précarisés, parce qu’ils ont été exposés à une érosion de leurs droits ; ils ont souvent été transformés en free-lances précaires, ou ont été «ubérisés». Les syndicats commencent à se faire entendre, pour dire que ces situations vont bientôt devenir tragiques parce que ces travailleurs n’ont plus de source stable de revenus et vont donc être exposés à de lourdes pertes dans les mois à venir, et qu’ils n’ont pas accès aux droits sociaux, réservés aux travailleurs salariés. Leur position montre combien la quarantaine est un mécanisme social à deux vitesses.

Le personnel de santé représente aussi un exemple notable de la nécessité de protéger tout travail à forte proximité avec le public. Il faudra non seulement enrayer l’érosion de leurs acquis sociaux actée par les gouvernements de la dernière décennie, mais aussi œuvrer pour les généraliser aux autres métiers du dernier kilomètre.

L’épidémie du coronavirus fait-elle ressortir encore plus fortement les inégalités ?

Cette crise est un énorme révélateur social et économique : le masque tombe et, dans le cas de certains nouveaux métiers liés au numérique, ceux qui avaient cru être des travailleurs sublimes, des indépendants qui choisissent leur condition, doivent admettre qu’une partie de leur situation est subie. Cela a, au moins, le mérite d’alerter sur la précarisation qu’ont subie des professions comme graphiste, traducteur, designer, ces dernières années, en grande partie à cause des plateformes numériques.

En réponse à la crise, le télétravail a été présenté comme la panacée. Mais cette rhétorique a des limites. Pour pouvoir télétravailler correctement, il faut avoir un chez-soi convenable, ce qui impose d’avoir un capital économique suffisant. Pour ceux qui vivent dans quelques mètres carrés ou qui ont des situations familiales difficiles, surtout pour les femmes, le télétravail peut se transformer en une double peine : en plus de la pénibilité et des rythmes de leur propre travail dans des logements qui ne sont pas toujours adaptés, il y a le travail du suivi des enfants ou des personnes âgées à assurer en même temps.

Qu’en est-il des «microtravailleurs du Web», que vous avez étudiés dans votre  dernier livre, En attendant les robots ?

Ces personnes réalisent des tâches fragmentées pour calibrer les intelligences artificielles, souvent depuis leurs propres équipements. Même si la nature de leur métier en fait des candidats idéaux pour le télétravail ceci n’est pas le cas pour toutes les catégories de microtravailleurs. Les modérateurs de plateformes sociales réalisent des tâches qui ont un niveau de confidentialité très élevé : ils manipulent des données sensibles. Les contrats qui les lient aux entreprises – qu’il s’agisse de grands groupes comme Facebook ou de sous-traitants – contiennent des clauses de non-dévoilement très contraignantes. L’employeur leur impose de travailler à des rythmes insupportables, ils n’ont le droit d’amener ni smartphone ni de quoi prendre des notes, confidentialité oblige. Ils sont presque dans une situation d’enfermement. C’est pourquoi ils ne peuvent pas télétravailler, même en cette période exceptionnelle : ils sont, pour certains, obligés de se rendre sur leur lieu de travail, quand les cadres de la même entreprise peuvent rester chez eux.

Les microtravailleurs sont aussi des travailleurs du dernier kilomètre dont on ignore l’utilité profonde. Il ne s’agit pas du dernier kilomètre de la chaîne de livraison, mais des services numériques. Ce sont les personnes qui s’occupent d’adapter le modèle idéal d’un logiciel, comme votre GPS ou votre système de ventes en ligne, à la condition particulière de son utilisateur. Ils améliorent l’intelligence artificielle, calibrent les algorithmes. S’ils cessent de microtravailler, parce qu’ils sont contaminés ou obligés d’arrêter leur activité à cause du confinement, alors, toute cette chaîne de production de l’intelligence artificielle s’interrompt. La communauté universitaire l’anticipe déjà : la quarantaine provoque la rupture de certaines chaînes de production des données. On anticipe donc que les intelligences artificielles seront, pour ainsi dire, un peu moins intelligentes dans les mois à venir. Cela peut vouloir dire que votre enceinte connectée fera des recommandations musicales moins performantes. Mais cela peut aussi avoir des conséquences plus graves : influer sur des décisions de justice dans certains pays ou déterminer si un crédit vous sera accordé ou non.
On voit là les limites de ceux qui recommandent, autant au niveau du gouvernement français que de l’industrie, d’utiliser davantage de technologie intelligente pour faire face à l’épidémie.
En somme, le virus montre toutes les failles de l’univers technologique lisse et perfectionné que certains se plaisent déjà à imaginer déjà en place, et rend flagrant le fait que l’intelligence artificielle n’est pas autonome mais nécessite une quantité de petites mains pour fonctionner.

Nicolas Celnik

Refuser toute compromission avec l’extrême droite

Dans le « Soir » de ce matin, un édito particulièrement interpellant de Béatrice Delvaux, à propos de la crise politique qui secoue le parti d’Angela Merkel. La présidente actuelle de la CDU, Annegret Kamp-Karenbauer a démissionné suite au soutien des élus conservateurs et de l’extrême droite de Thuringe pour élire un Ministre-Président libéral.

Comme Béatrice Delvaux le note avec justesse, cette crise met en évidence le poids croissant de leader d’extrême droite dont certains ont des discours qui «s’inspirent ouvertement du nazisme », mais aussi de la déliquescence des formations démocrate-chrétienne et sociale-démocrate. Elle rappelle que la « Thuringe fut la première à élire un gouvernement de coalition entre la bourgeoisie conservatrice et le parti d’Adolf Hitler ». C’est pour le moins interpellant.

Les temps sont certainement différents, mais il ne nous faut pas oublier les leçons de l’histoire. Cette situation ne se limite pas à l’Allemagne et les partis démocratiques, dans l’ensemble de l’UE doivent se resaisir, car à force de banaliser les discours de l’extrême droite le pire redevient possible. En la matière, si tous ont leur responsabilité, le parti populaire européen (PPE) se doit de réagir. Va-t-il encore longtemps cautionner les dérives illibérales du hongrois Orban ou l’alliance de Forza Italia avec la Léga et les néo-fascistes italiens. Les partis libéraux et sociaux-démocrates doivent également prendre leurs responsabilités. À titre d’exemple, le parti libéral allemand fait bien partie du groupe Renew au parlement européen et le groupe social-démocrate conserve en sont sein la formation slovaque de Robert Fico ou des socialistes maltais.

Défendre la démocratie, c’est refuser toute compromission avec l’extrême droite mais cela exige de redonner un sens à l’engagement politique en rendant sa centralité à la personne humaine et en empoignant résolument la question sociale pour offrir un avenir à toutes celles et ceux qui se sentent oubliés et laissés sur le côté du chemin.