Violences, condamner ne suffit pas, comprendre est indispensable

Les violences de ce we, à Parie, mais aussi en Belgique ou en Italie

Les violences de ce week-end en France, et dans une bien moindre mesure en Belgique sont préoccupantes. Rien ne peut justifier les agressions ou les destructions auxquelles nous avons assisté. L’action des casseurs délégitimise les revendications d’un mouvement pleinement démocratique et plus grave encore, elle permet à certains, comme notre ministre de la défense, de poursuivre son projet de militarisation autoritaire du pays ? nous ne pouvons pas nous arrêter à leur seule condamnation. Nous devons aussi essayer de comprendre ce qui se passe dans nos sociétés, ce qui nourrit ces tensions et pourquoi elles peuvent, dans certaines circonstances, déboucher sur de telles violences.

Néanmoins, nous devons aussi tenter de comprendre ce qui se passe dans nos sociétés, ce qui nourrit ces tensions et pourquoi elles peuvent, dans certaines circonstances, déboucher sur de telles violences. La très grande majorité des personnes qui manifestent le font pacifiquement. Il n’empêche que ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large, celui de sociétés profondément transformées, où les incertitudes se multiplient et où beaucoup ont le sentiment de ne plus maîtriser grand-chose de leur avenir.

Il me semble impossible de comprendre les évolutions de nos démocraties sans les replacer dans celles de nos modèles économiques et sociaux.

Karl Polanyi, dans « La grande transformation » montrait que lorsque les logiques du marché prennent trop de place dans la société, au point de fragiliser les conditions de vie, les solidarités et les protections sociales, les populations finissent par réagir pour se protéger. Mais ces réactions ne prennent pas nécessairement une forme démocratique ou progressiste.

L’économiste, Robert Boyer, de son côté, nous invite notamment, dans son dernier ouvrage, L’époque de tous les dangers, à regarder comment les transformations du capitalisme, des rapports sociaux et des institutions contribuent à créer les conditions des crises politiques.

Il me semble qu’il faut aussi s’interroger sur ce que vivent les personnes, sur leur sentiment d’être reconnues, respectées, écoutées. Axel Honneth a beaucoup apporté à cette réflexion. La question sociale n’est pas seulement celle des revenus ou des conditions matérielles de vie. C’est aussi celle de la place que chacun estime occuper dans la société, de la reconnaissance de son travail, de son utilité et de sa capacité à agir sur son propre avenir.

Que devient la démocratie lorsque les citoyens ont de plus en plus le sentiment que les décisions se prennent sans eux, que leurs préoccupations ne sont pas entendues ?

Nous aurions tort de ne pas prendre ces interrogations au sérieux. D’autant que les frustrations et les inquiétudes peuvent aussi être récupérées et détournées par des mouvements qui proposent des réponses autoritaires, parfois en désignant des boucs émissaires plutôt qu’en s’attaquant aux véritables problèmes.

Il me semble qu’il faut aussi s’interroger sur ce que vivent les personnes, sur leur sentiment d’être reconnues, respectées, écoutées. Axel Honneth a beaucoup apporté à cette réflexion. La question sociale n’est pas seulement celle des revenus ou des conditions matérielles de vie. C’est aussi celle de la place que chacun estime occuper dans la société, de la reconnaissance de son travail, de son utilité et de sa capacité à agir sur son propre avenir.

Que devient la démocratie lorsque les citoyens ont de plus en plus le sentiment que les décisions se prennent sans eux, que leurs préoccupations ne sont pas entendues ?

Nous aurions tort de ne pas prendre ces interrogations au sérieux. D’autant que les frustrations et les inquiétudes peuvent aussi être récupérées et détournées par des mouvements qui proposent des réponses autoritaires, parfois en désignant des boucs émissaires plutôt qu’en s’attaquant aux véritables problèmes.

Je suis convaincu que nous devons retrouver des perspectives collectives. Cela passe, bien entendu, par davantage de justice sociale, par une meilleure répartition des richesses, par des services publics de qualité. Mais cela suppose aussi de redonner aux citoyens et aux travailleurs la possibilité réelle de peser sur les choix qui déterminent leur vie.

C’est ici que la question du dialogue social, de la concertation et, plus largement, de toutes les formes d’intermédiation démocratique me semble essentielle. Ces mécanismes doivent permettre non seulement de faire entendre les préoccupations de la société, mais aussi de peser réellement sur les décisions.

Au fond, je crois que nous sommes confrontés à une question qui dépasse largement les événements de ce week-end : allons-nous continuer à subir les transformations économiques, sociales, écologiques et technologiques, en essayant tant bien que mal d’en corriger les conséquences, ou allons-nous nous donner les moyens de les orienter collectivement ?

Tant en Belgique qu’au niveau européen, une partie de la réponse passe certainement par une meilleure prise en compte des acteurs de l’intermédiation sociale : syndicats, organisations patronales, associations et organisations de la société civile.

Il est grand temps que les décideurs en prennent pleinement conscience et acceptent de donner tout son sens aux mécanismes de concertation. Non pas simplement consulter, mais permettre une véritable confrontation des points de vue, une recherche de compromis et une influence réelle sur les décisions.

Avoir été élu ne dispense pas de prendre en compte ce qui se vit dans la société. La démocratie ne s’exerce pas uniquement au moment des élections. Elle doit aussi se construire et se vivre entre deux élections.