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VW-gate: le coût de la triche et de la non Europe

VWgateLe 18 septembre dernier, l’Agence américaine de protection de l’environnement (APE) délivrait un avis accusant Volkswagen d’avoir manipulé ses véhicules à moteur diesel pour tromper les inspections d’émissions américaines. Suite à des tests effectués sur une grande variété de voitures diesel produites par Volkswagen, l’APE et le Californian Air Resources Board ont en effet pu déterminer que les véhicules sur route émettaient jusqu’à 40 fois plus de pollution que les normes d’émissions autorisées. De plus, il a été confirmé que les tests de mesure des émissions de véhicules routiers en laboratoire ne reflètent pas le niveau d’émission en conditions réelles de conduite.

Grâce à un logiciel installé sur les véhicules fonctionnant au diesel capable de détecter les tests de mesure des émissions et de fausser les résultats, Volkswagen est parvenu à se conformer aux normes environnementales américaines et à mettre 11 millions de véhicules sur le marché. La part des véhicules à moteur diesel ne s’élève qu’à 1 % aux États-Unis et à 50 % en Europe. Ce dernier chiffre élevé peut permettre de comprendre pourquoi, selon une étude du Corporate Europe Observatory, Volkswagen serait le plus important lobby du secteur automobile de l’UE mobilisant 43 personnes et 3,3 millions d’euros à des fins de lobbying. Suite à ces accusations de recours à des « dispositifs de trucage » par Volkswagen, l’UE est incitée à renforcer ses propres normes automobiles, qui sont plus faciles à déjouer et à la traîne par rapport aux normes américaines.

Cette tricherie est un scandale. Contourner la procédure et falsifier le niveau d’émission de leurs voitures polluantes est non seulement dommageable pour l’environnement, mais également pour le projet européen. En agissant de la sorte, certains dirigeants de l’industrie automobile cassent la confiance des consommateurs et les exposent à divers risques. Tout d’abord, en falsifiant les niveaux de pollution des véhicules, ils s’autorisent à mettre en danger la santé des citoyens pour des motivations fallacieuses de profit – qui plus est, nombre d’utilisateurs de ces véhicules ont fait leur choix pour des raisons environnementales. De plus, pour éviter que le consommateur ne soit lésé, il faut maintenir les avantages fiscaux attribués tout au long de la vie du véhicule. Par ailleurs, ils mettent en péril l’emploi de milliers de salariés du secteur et augmentent le risque de restructurations. En effet, suite à cette tromperie, le groupe Volkswagen peut raisonnablement s’attendre à des pertes financières et à des amendes qui auront sans conteste des répercussions sur ses responsables et employés. Il convient dès lors que les autorités des différents niveaux de pouvoir mettent en place une stratégie pour protéger l’emploi dans le secteur des fabrications automobiles en Europe et en Belgique. Par exemple, les indemnités éventuelles qui seraient versées par VW pourraient alimenter un fonds destiné à financer des mesures environnementales.

En réponse à cette fraude inacceptable, la justice doit aussi impérativement jouer son rôle et les coupables doivent être identifiés et condamnés. Les instances européennes sont tenues d’enquêter de manière approfondie sur les cas de manipulation des émissions de véhicules Volkswagen et d’autres constructeurs. La Commission européenne avait déjà commencé à durcir la réglementation en matière d’émissions de véhicules avant le scandale VW. Cette fraude ne fait que confirmer le besoin de renforcer les systèmes de contrôle des normes et de faire en sorte qu’ils soient supervisés par un organisme indépendant au niveau européen. Comme solution d’avenir, la Commission mise notamment sur une nouvelle procédure d’essai mondiale harmonisée pour les voitures particulières et les véhicules utilitaires légers qui devrait voir le jour en 2016.

Cette tricherie a un coût. Le coût de la non-Europe, car elle détériore non seulement l’image de l’industrie automobile – singulièrement l’industrie allemande -, mais il sera plus difficile, demain, de faire la leçon aux autres grandes puissances mondiales qui rechignent à contribuer à la baisse d’émission de gaz à effet de serre. Enfin, il s’agit, en quelque sorte, d’une fraude fiscale également, compte tenu de l’attribution de subsides, mais aussi du manque à gagner des Etats par rapport à la déclaration de chevaux fiscaux des véhicules. Il est essentiel de mettre en place des tests fiables et contraignants au niveau européen et de contrôler le respect des normes par les constructeurs à l’échelon européen.

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