Industrie 4.0 – CCMI

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L’anniversaire de la Commission Consultative des Mutations Industrielles est l’occasion de regarder au passé et aux origines, depuis la CECA, mais aussi et surtout un bon moment pour se tourner vers l’avenir.

Ce futur, c’est l’industrie 4.0. Enjeu pour nos sociétés, défi pour nos entreprises, cette évolution suppose la mise en place de nouveaux concepts industriels et de management. Parmi les conditions sine qua non de sa réussite figure la prise en compte de la dimension sociale.

En effet, l’industrie 4.0 induit une mutation du travail et de son organisation. Il conviendra dès lors d’investir davantage dans la formation permanente, ainsi que dans la formation en alternance, véritable opportunité gagnant-gagnant.

Ce qui distingue la révolution qui nous occupe est certainement sa rapidité et le fait qu’elle concerne tous les secteurs. Au cours des vingt dernières années, la contribution de l’industrie européenne au PIB de l’Union a chuté de 19% à moins de 15,5%. Ce recul s’explique notamment par la crise financière, mais également par la priorité accordée par l’Union, durant des années, à l’économie de services, au détriment de l’activité industrielle.

Cette stratégie de renforcement des compétences et des qualifications concernera un maximum de salariés, mais il ne faudra laisser personne au bord de la route. Cela suppose de porter une attention particulière à celles et ceux qui n’auront pas été en mesure de suivre le mouvement, en leur permettant aussi de rejoindre le marché de l’emploi.

L’un des risques de l’avenir est l’individualisation croissante des travailleurs. Pour lutter contre ce phénomène, l’industrie et l’économie devront permettre aux collectifs de travail de mieux fonctionner, en renforçant la concertation sociale, non seulement au sein des entreprises, mais aussi dans les différents secteurs professionnels.

L’entreprise de demain sera plus interconnectée, plus flexible, plus réactive ; elle pourra et devra aussi être beaucoup plus respectueuse de l’environnement, moins énergivore. Cela aura des conséquences qui vont impacter la vie des travailleurs et plus globalement le travail. C’est une nouvelle culture du travail qui doit être inventée. Et autant de défis à relever.

Cette nouvelle économie doit être considérée comme une opportunité ; l’occasion de redéfinir le rôle de l’industrie et la place de l’entreprise dans la société. L’industrie devra être à la hauteur de ce défi et donc à la hauteur de ses responsabilités. Il s’agit là d’un enjeu sociétal.

Un emploi européen sur cinq provient du secteur de l’industrie, mais les fermetures d’entreprises se succèdent partout en Europe. Une situation intenable, tant sur le plan social qu’économique. L’Union européenne doit se doter d’une stratégie industrielle d’envergure qui place l’économie et le savoir-faire européen à la pointe, comme cela a pu être le cas dans le passé. Il faut « multiplier les Airbus ». Permettre l’émergence de champions industriels européens, en modifiant les règles de concurrence et en y consacrant des moyens financiers supplémentaires. Favoriser l’innovation, la recherche et le développement mais aussi la commercialisation de nouveaux produits industriels, étape souvent coûteuse et pourtant crucial pour les entreprises, et mettre l’investissement nécessaire au cœur de l’agenda politique. Il faut réussir la transition vers des modèles éco-efficients qui soient sources d’emplois et respectent des engagements climatiques ambitieux (il faut donc accompagner les entreprises, afin qu’elles puissent s’y conformer. Il faut aussi soutenir la transition énergétique, ainsi que la transition numérique.

Demain, la concertation sociale devra être un moteur au cœur de ce nouveau projet de société, un guide permettant de donner du sens à l’économie. Le dialogue social doit être revivifié mais aussi repensé afin d’intégrer les dimensions sociétales et environnementales. Il faut rassembler les partenaires sociaux européens actifs dans les secteurs de l’industrie afin de les associer à une politique industrielle européenne performante.

Je terminerai par une question qui me semble fondamentale : est-ce l’être humain qui doit s’adapter à l’économie et à ses mutations ou est-ce l’économie qui doit retrouver son sens en étant au service des êtres humains pour une vie décente ?

La personne n’est pas d’abord une machine de rationalité économique, c’est tout d’abord un être de sensibilité et de relations. L’ignorer, c’est certainement se couper de la possibilité de construire un monde plus juste.

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