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État de l’Union: répondre à l’urgence sociale

Le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a tenu son discours annuel sur l’état de l’Union européenne. Cette déclaration de politique générale, baromètre de la situation actuelle, dresse le bilan de l’action de l’UE durant l’année écoulée, et présente surtout la vision de l’Europe à construire dès demain.

Alors que l’économie européenne retrouve des couleurs peu à peu, des mesures concrètes doivent permettre d’atteindre le « Triple A social » prôné par la Commission en début de législature. Nous sommes à un moment charnière de l’histoire de l’Union européenne. Comme l’a dit Jean-Claude Juncker ce matin, cette fenêtre d’opportunité ne sera pas toujours ouverte. Non seulement il faut consolider l’UE, mais il nous appartient même de la réinventer, car la donne a changé notamment suite au Brexit. La construction européenne ne peut se poursuivre sans une véritable empreinte sociale. Il faut établir une convergence progressive des droits sociaux au sein des différents États membres et tirer ceux-ci vers le haut.

Dans l’optique du Sommet de Göteborg sur les droits sociaux, prévu le 17 novembre 2017, il faut concrétiser les mesures du Socle européen des droits sociaux. On ne peut plus se contenter d’énoncer de bonnes intentions: les salariés et allocataires sociaux européens attendent des changements concrets. Dans la limite des compétences européennes, Il faut agir sur le marché de l’emploi. Nous devons sécuriser les parcours et accompagner les transitions professionnels; à la flexibilité à tout-va, préférer la flexisécurité.» De plus, il est nécessaire d’aboutir rapidement à une révision de la directive sur le détachement des travailleurs, guidés par la nécessité d’assurer de mêmes conditions de travail et de rémunération pour l’exercice d’un même emploi. Cela ne sera pas possible sans supervision à l’échelon européen, aussi Claude Rolin se réjouit-il de l’annonce de la création d’une autorité européenne du marché de l’emploi chargée de contrôler le respect des règles; de même que de l’accent mis par le Président de la Commission sur la nécessité de mettre tous les moyens en œuvre pour aider accompagner et développer l’industrie manufacturière dans une optique de création d’emplois. Mais il ne faudrait pas que la montagne accouche d’une souris! La Commission doit être à l’écoute du Parlement européen et des partenaires sociaux. Tant le patronat que les syndicats appellent de leurs voeux la relance de la politique industrielle. Des propositions législatives devront émerger suite au prochain sommet social tripartite.

Le Président de la Commission a aussi insisté sur la nécessité de défendre les secteurs stratégiques; l’un des mes combats au sein de la commission de l’Emploi. Il faut réaffirmer cette volonté politique. Au lendemain de la crise, plusieurs multinationales du secteur sidérurgique ont fait le choix de fermer certains sites en Europe et même de démanteler des outils, pour limiter, selon elles, la surproduction mondiale. Cette destruction des capacités de production d’acier en Europe est un des meilleurs exemples de la nécessité de protéger nos industries.

La concurrence mondiale est rude et il est d’autant plus contre-productif qu’une concurrence déloyale ait cours au sein même de l’Union européenne. Les écarts sociaux et salariaux entre pays de l’est et de l’ouest agissent comme des freins au progrès. Il faut favoriser le développement endogène de l’économie de ces pays, plutôt qu’ils ne soient, comme aujourd’hui, source de main d’œuvre bon marché. Des réformes importantes devront être menées pour que l’Europe sociale ne soit pas un vœu pieux ce dans toutes les régions d’Europe afin d' »empêcher notre continent de suffoquer.

L’Union européenne doit progressivement gommer les divergences et inégalités et mettre en place des mécanismes de coordination des politiques et des instruments financiers au service du modèle social européen. Les crises successives et défis à venir (mondialisation accrue, changement climatique, migration, vieillissement, faibles taux de natalité, pénurie de ressources naturelles…) ne peuvent empêcher une convergence sociale vers le haut. Celle-ci nécessite non seulement les intentions mises en avant par l’exécutif européen aujourd’hui, mais surtout des actions concrètes mises en œuvre avec le concours des États membres au nom d’un intérêt commun.

Quelques brefs commentaires sur divers points du discours (Ecouter le discours) :

• « Kohl et Delors m’ont appris que l’Europe n’avance que quand elle fait preuve d’audace » dit Jean-Claude Juncker. On ne peut lui donner tort! Jacques Delors reste LA référence, mais il est grand temps d’en créer de nouvelles!
• Spitzenkandidaten: pour un candidat unique par Groupe politique à l’élection du Président de la Commission européenne. C’est en effet un bon système, né à l’initiative des groupes en 2014. Il serait effectivement positif de l’officialiser.
• Refus d’un budget de l’eurozone. Alors là, c’est regrettable. La France le soutient, l’Allemagne laisse la porte ouverte. Pour être à la hauteur des ambitions, il n’est pas possible de continuer avec un pourcentage aussi marginal du PIB. Il faut un budget européen!
• Une Union de la Défense: c’est indispensable. L’UE doit assumer son rôle au-delà d’une « soft power », compte tenu de la nouvelle donne mondiale et de l’amoindrissement du soutiens américain qui n’a plus rien d’indéfectible, et de la situation inquiétante en Turquie, allié autrefois important au sein de l’OTAN.
• Décider à la majorité qualifiée en matière de fiscalité, d’énergie, et d’affaires sociales. Une très bonne suggestion qui répond à une nécessité et… à surtout à une question de bon sens. Se mettre d’accord à 28 ou à 27 pour avancer n’est pas plus facile au sein de l’UE qu’ailleurs! L’unanimité est un frein.
• Turquie. Je rejoins Juncker dans sa fermeté. Les propos des autorités turques dépassent régulièrement les limites et la détention abusive de journalistes, notamment le jeune Français étudiant en Belgique, Loup Bureau, est inacceptable. J’ai d’ailleurs écrit à la Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, afin que tous les moyens diplomatiques nécessaires soient mis en œuvre pour une libération dans les plus brefs délais.
• « L’euro pour toute l’UE. » Bien sûr, dans l’idéal! L’appel de J-C Juncker est positif. Mais en attendant: pas de monnaie sans gouvernement correspondant! C’est une spécificité mondiale et elle permet les interférences d’Etats membres qui ne font pas partie de l’Eurozone sur des matières qui, dès lors, les concerne peu.
• Création d’une agence européenne de l’Emploi pour contrôler le respect des règles. Voilà une excellente idée de la Commissaire Marianne Thyssen. Sans contrôle, il y a des abus. C’est évident. Mais il conviendrait surtout de coupler cette annonce avec l’aboutissement de la révision de la directive sur le détachement des travailleurs actuellement en discussion.
• Migration: proposition sur les retours, et sur l’ouverture de voies de migration légale. C’est indispensable. C’est bien de féliciter l’Italie, comme l’a fait le Président de la Commission, mais ce serait mieux encore d’accompagner les Etats membres au moment où ils en ont besoin! Il faut tout d’abord supprimer la règle actuelle du pays de première entrée
• Surveillance des investissements étrangers ds secteurs stratégiques dans l’UE. Une bonne proposition que j’ai l’habitude de défendre au sein de la commission EMPL. En effet, il est capital de protéger nos industries, autrement que ce que l’on a pu voir avec le secteur sidérurgique. Cela demande des protections, mais aussi des investissements, notamment dans les produits à haute valeur ajoutée, pour de relancer les secteurs et l’emploi.
• Transparence des projets de mandat pour les accords commerciaux. Enfin, dira-t-on! Mais ce n’est pas suffisant. On a vu avec le CETA. Le contenant est une chose, mais c’est le contenu qui importe. Aux Etats membres de ne pas valider sans que le win-win ne soit garanti et les normes européennes respectées.
• « Passer des paroles aux actes, des débats aux décisions. » On ne pourra mieux dire comme conclusion. Surtout pour faire exister l’Europe sociale! Et pour à nouveau reprendre les mots de Jean-Claude Juncker: « Nous avons une fenêtre d’opportunité, mais elle ne restera pas ouverte éternellement. » Puissent les suites de ce Discours sur l’État de l’Union la maintenir ouverte!

 

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