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Investir l’avenir par des choix communs

[Retrouvez ici l’article paru en version anglaise dans le Parliament magazine]

L’économie européenne retrouve des couleurs, la crise financière, survenue voici neuf ans, s’estompe peu à peu dans le rétroviseur, et les responsables européens l’affirment en chœur : l’Union européenne doit aller de l’avant et prendre son destin en main !

Mais le chemin de la croissance durable n’est pas dégagé pour autant. Si les indicateurs macroéconomiques confirment une modeste accélération, l’UE doit encore se donner les moyens de ses ambitions, afin de prospérer au cœur d’un environnement mondial concurrentiel et fluctuant.

Au sein de l’UE, le taux de chômage reste élevé, singulièrement chez les jeunes. À cet égard, la « Garantie jeunesse »[1] initiée en 2013 par l’exécutif européen fait figure de bonne pratique. Nonobstant des résultats perfectibles, ce programme est l’exemple que l’engagement commun des États membres couplé à une aide financière de l’UE produit des résultats. En outre, la commission des budgets du Parlement européen vient d’approuver 500 millions d’euros supplémentaires au titre de l’initiative pour l’emploi des jeunes et appelle la Commission et les États membres à veiller à ce que ce montant additionnel de 500 millions d’euros soit engagé en totalité d’ici fin 2017.

À mi-parcours, le Plan d’investissement pour l’Europe a également révélé des résultats positifs, avec un objectif quantitatif rencontré, une aide accrue en faveur des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et un impact concret sur l’emploi ; preuve que l’Union européenne est pertinente en la matière, même si les contraintes comptables et juridiques restent trop importantes.

En revanche, le soutien à l’innovation demeure trop timide. Le potentiel de l’Union européenne est largement sous-exploité. Les disparités entre régions appellent à amplifier et à flécher les investissements publics et privés pour stimuler la reprise économique et offrir des perspectives d’avenir aux 500 millions d’européens.

Il est pour cela nécessaire de cibler les investissements porteurs qui placeront demain l’Europe aux avant-postes, en les articulant sur deux piliers : les investissements et l’innovation ; en particulier au travers de l’éducation et de la Recherche & Développement.

Si le « Plan Juncker » mise sur un fort effet de levier qui multiplie l’investissement, ce coup de baguette magique financier ne permet pas de compenser le manque de fonds propres et fait toujours figure de choix par défaut. Il conviendrait de mobiliser des capitaux nouveaux, des ressources propres qui ne procèdent pas de glissements au sein de budgets européens existants, en faveur de projets structurants qui ont un effet direct, notamment en matière énergétique, et dans le respect d’engagements climatiques ambitieux.

Pour être à la hauteur des enjeux, l’Union européenne doit être dotée d’un réel budget européen dépassant largement le négligeable pourcent du PIB et renforcer ses capacités d’innovation et d’autonomie. Elle doit aussi exiger le respect de mêmes règles au niveau mondial, notamment en dépassant, comme le propose le Parlement européen, les propositions de la Commission européenne concernant les règles relatives au calcul des droits de douane, en particulier dans le cadre des produits venant de Chine, et assurer une capacité de production d’acier européen.

L’industrie européenne, première activité économique de l’UE, doit être l’objet d’une grande ambition. Au cours des vingt dernières années, la contribution de l’industrie européenne au PIB de l’Union a chuté de 19% à moins de 15,5%. Ce recul s’explique notamment par la crise financière, mais également par la priorité accordée par l’Union, durant des années, à l’économie de services, au détriment de l’activité industrielle. Or, un emploi européen sur cinq provient du secteur de l’industrie.

Les fermetures d’entreprises successives, partout en Europe, rendent la situation intenable tant sur le plan social qu’économique. Plus de la moitié des exportations européennes et environ 65% des investissements dans la R&D concernent l’industrie. La mise en commun de moyens financiers supplémentaires est indispensable pour permettre d’inverser la tendance et de réussir la nécessaire mutation de l’industrie européenne.

Seuls des engagements communs au niveau européen, notamment sur le plan budgétaire, permettront de protéger les industries de base (secteurs sidérurgiques, de la construction, etc.) et de donner un coup de fouet à l’économie réelle en créant des emplois.

La concurrence mondiale est rude, mais l’Union européenne dispose d’indéniables atouts, à condition d’agir comme un seul et même acteur. À cet égard, la concurrence déloyale et les écarts sociaux et salariaux entre pays de l’est et de l’ouest, qui subsistent au sein même de l’UE agissent comme des freins au progrès. Il faut assurer de mêmes conditions de travail et de rémunération pour l’exercice d’un même emploi ; c’est là tout l’enjeu du débat actuellement discuté et disputé autour de la révision de la directive sur le détachement des travailleurs.

Cet objectif de saine concurrence au sein de l’UE nécessite également de lever les obstacles à la mobilité, en termes de compétences et de qualifications, comme s’y attèlle actuellement la Commissaire européenne à l’Emploi et aux Affaires sociales, Marianne Thyssen.

Pour que le modèle européen soit un exemple au niveau mondial, il faut permettre la convergence sociale vers le haut, notamment en redynamisant le dialogue social et en impliquant chaque acteur dans la définition des objectifs stratégiques.

Le choix des investissements est loin d’être uniquement économique, il nous projette sur la nature du développement social, environnemental et humain que nous souhaitons pour l’Europe et l’ensemble de ses citoyens.

[1] Le principe : tous les jeunes de moins de 25 ans, qu’ils soient inscrits au chômage ou non, doivent bénéficier d’une offre de qualité (un emploi, un apprentissage, un stage ou une formation continue) dans les quatre mois suivant la fin de leur scolarité ou la perte de leur emploi.

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