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Des rives européennes dérive la Hongrie


Une opinion parue dans La Libre Belgique (08/04/2017) et actualisée le 5 mai 2017

Lorsque l’on franchit la porte de l’Union européenne, les valeurs communes ne sont pas écrites sur le paillasson. Comme tout autre Etat membre, lors de son adhésion à l’UE, la Hongrie s’est engagée à les défendre. Pas plus tard que le mois dernier, son Premier ministre, Viktor Orban, signait la Déclaration de Rome, réaffirmant un avenir commun pour les « pays européens qui respectent nos valeurs et s’engagent à les promouvoir ». Ces valeurs qu’il n’a de cesse de fouler aux pieds.

En adoptant une nouvelle loi menaçant l’existence des Instituts d’enseignement étrangers ne possédant pas de campus dans leur pays d’origine, le Parlement hongrois s’en prend à la liberté académique.

Une décision arbitraire qui vient s’ajouter aux écarts démocratiques du dirigeant hongrois, comme autant de coups de canif au contrat liant ce pays à l’Union européenne.

M. Orban aurait-il la mémoire courte ?

On est en droit de le penser lorsque les autorités hongroises construisent une clôture à la frontière avec la Serbie pour contrer l’immigration, oubliant que ces individus fuient comme, en d’autres temps (1), près de 200 000 Hongrois fuyaient vers les pays occidentaux pour échapper à la répression, ou quand, en 1989, l’Europe faisait tomber les murs.

On est en droit de le penser quand M. Orban évoque le rétablissement de la peine de mort alors que la Hongrie a ratifié la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales du Conseil de l’Europe qui en stipule, noir sur blanc, l’abolition.

On le pense encore en apprenant que les ONG, la presse indépendante et à présent des universités sont menacées d’exercer, à l’instar de l’Université centrale européenne, installée à Budapest par le philanthrope Georges Soros, qui accueille plus de 1 400 étudiants. (Il semble loin le temps où M. Orban étudiait à Oxford en bénéficiant d’une bourse de la Fondation Soros, aujourd’hui devenue sa bête noire.)

Force est de s’interroger également à la lecture de la récente consultation populaire intitulée, sans équivoque, « Stoppons Bruxelles », adressée aux citoyens hongrois et les invitant à « combattre les propositions erronées » (2) (sic) de l’Union européenne en matière de migration.

Pour toutes ces raisons, il est nécessaire de rappeler à la Hongrie et à ses dirigeants, via la procédure de l’article 7 relative à l’Etat de droit, que toute union comporte des engagements; en l’occurrence, le respect des droits fondamentaux défendus par l’Union européenne ne peut souffrir d’exception.

Au sein des différentes institutions, des voix s’élèvent pour dénoncer ces attaques répétées à l’encontre de la démocratie et des valeurs de l’Union européenne. Une mise en garde et des critiques dont les députés du Fidesz – parti de M. Orban – ne sont pas exempts au sein du Groupe du Parti populaire européen (PPE).

Le 26 avril dernier, la Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction contre la Hongrie au sujet de sa loi sur les universités étrangères. Dans sa « mise en demeure » adressée au gouvernement hongrois, la Commission estime que la loi hongroise en question soulève plusieurs problèmes juridiques, en termes de droit primaire, par rapport à la directive ‘Services’, la liberté d’établissement étant concernée, mais aussi par rapport aux principes généraux de la Charte des droits fondamentaux.

Au Parlement européen, de nombreux députés s’insurgent contre les dérapages de M. Orban. Ainsi, au sein même du Groupe PPE où siègent 12 membres du Fidesz, parti du Premier ministre hongrois, plusieurs députés, de nationalités diverses, appellent à l’exclusion du Fidesz, estimant que la ligne rouge a été franchie. Les différents groupes politiques déposeront des résolutions à ce sujet lors de la prochaine session plénière qui se tiendra à Strasbourg à la mi-mai. Il va sans dire que je les soutiendrai, comme je l’ai fait par le passé, car on ne peut tolérer ces écarts démocratiques.

En se plaçant volontairement à la périphérie d’une Union européenne dont ils renient les principes, les autorités hongroises font le jeu d’une désintégration européenne, dont leur population serait la première victime. Par ailleurs, d’autres Etats membres empruntent, à des degrés divers, le même chemin.

Ceux que l’on appelle les « pères fondateurs » de l’Union européenne nous ont permis de quitter les rives des nationalismes étroits en nous indiquant le chemin vers le fédéralisme européen. Aujourd’hui, l’Europe se trouve certainement au milieu de la rivière, là où les courants sont les plus forts, les turbulences les plus vigoureuses, la profondeur la plus grande. Les chefs d’Etat et de gouvernement doivent se montrer dignes de leurs populations. L’acceptation de dérives autoritaires et le repli sur les nationalismes représentent un grand risque. Plus que jamais, il est nécessaire de progresser vers plus d’intégration, vers plus et mieux d’Europe en réaffirmant les valeurs du projet européen et l’impératif, pour chaque Etat membre, de les partager.

(1) Insurrection de Budapest, contre les politiques imposées par l’URSS (1956)

(2) « (…) fill out the questionnaire to support the Government’s efforts to combat mistaken proposals on the part of Brussels. » http://www.kormany.hu/en/cabinet-office-of-the-prime-minister/news/the-national-consultation-packages-are-already-being-delivered-including-a-letter-from-the-prime-minister

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