Pour seul refuge, l’humanité

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Terre
Distiller la peur, c’est permettre le développement des pires régressions démocratiques, le développement des populismes, de la xénophobie et du rejet de l’autre. Nombre d’entre nous doivent leur existence au fait que nos grands-parents ont été accueillis quand ils fuyaient la barbarie nazie, d’autres lorsqu’ils tentaient d’échapper aux dictatures, comme celle des Colonels en Grèce, le régime de Franco en Espagne ou l’Estado Novo de Salazar au Portugal.

L’accueil des réfugiés fait partie de notre culture européenne. Ce fut notamment le cas en 1956 quand plusieurs centaines de milliers de Hongrois fuyaient l’invasion de leur pays par les chars de l’Union soviétique.

Nombreux, nous avons également salué la chute du mur de Berlin. Moment de liesse que nous rappellent ces images de vieilles « Trabant » passant de l’Est à l’Ouest. L’Europe faisait un grand pas, le mur de la honte tombait.

Aujourd’hui, ce sont des hommes, des femmes, des enfants, qui sur terre ou sur mer, souvent livrés aux passeurs mafieux, tentent de se sauver, au péril de leur vie, pour fuir la guerre et la répression sanglante. De nombreux citoyens tentent d’organiser la solidarité, certains États prennent leurs responsabilités et des responsables politiques, comme Angela Merkel, ont le courage de dire haut et fort que notre réponse doit être à la hauteur du défi et qu’elle doit être guidée par nos valeurs humanistes.

La Commission européenne, par la voix de son Président, formule plusieurs mesures, mais certains États continuent de s’y opposer.

Comble des combles, c’est de la Hongrie dont viennent les propos les plus durs. Le Premier ministre, Viktor Orbán, bafoue les valeurs européennes en faisant construire un nouveau mur et en affirmant que la venue des réfugiés menace la culture chrétienne. Oublie-t-il que cette culture est tout d’abord une culture d’accueil de l’autre ? N’entend-t-il pas les appels du Pape François qui, avec d’autres leaders religieux ou laïques, appelle à plus d’humanité ? La protection d’un réfugié qui fuit la guerre, la torture voire la mort, ne peut en aucun cas être conditionnée à la nature de ses convictions philosophiques ou religieuses.

Au demeurant, il est irresponsable de laisser aux pays les plus exposés la gestion de l’afflux de réfugiés. L’Europe doit être solidaire et résolument soutenir ces États, afin d’éviter des réactions guidées par l’impuissance et la peur.

Nous ne pouvons accepter des propos tels que ceux tenus récemment par certains responsables politiques en Belgique. Considérer qu’un réfugié syrien ne pourrait avoir accès à un logement social dès lors qu’il possède une maison dans son pays relève de la négation même des règles humanitaires.

Il est indispensable que chaque État prenne en charge une part de l’hébergement de ces personnes. Une juste répartition doit être organisée.

Le statut de réfugié, en référence aux règles de l’Organisation des Nations Unies, doit être sanctifié. Il ne peut y être dérogé.

Une lutte acharnée doit aussi être menée contre les organisations mafieuses qui font du profit sur la misère du monde.

La communauté internationale doit également prendre ses responsabilités vis-à-vis des zones d’où proviennent les réfugiés. Nous devons agir pour établir des régimes démocratiques et pour permettre des perspectives de développement et de paix dans ces endroits du monde. Par ailleurs, il faut cesser de nier les réalités. Les flux migratoires existent et nécessitent une véritable politique migratoire. Celle-ci n’a de sens qu’à la condition d’être définie sur le plan européen.

Saluons et soutenons les propositions de la Commission européenne, exigeons de nos gouvernements qu’ils prennent des mesures humaines à la hauteur de la situation et refusons les discours démagogiques. Enfin, poursuivons et encourageons le merveilleux élan de solidarité initié par les citoyens.

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