Print Friendly

Sommet de Göteborg: l’urgence sociale

© European Union 2015 – European Parliament
—————————————-

Les dirigeants des États membres se sont donné rendez-vous à Göteborg pour y adopter le Socle européen des Droits sociaux. Un Sommet européen consacré aux thématiques sociales a grande valeur symbolique, mais il ne peut se résumer à une déclaration de bonnes intentions. L’Union européenne doit retrouver le chemin d’une ambition sociale et donner une place centrale au dialogue social, faute de quoi, elle subira encore la montée des populismes et de l’euroscepticisme.

Cette proclamation interinstitutionnelle sur 20 droits et principes sociaux est positive en soi. Elle doit permettre de renforcer la dimension sociale du projet européen au travers de trois axes, l’égalité des chances et l’accès au marché du travail les conditions de travail ainsi que la protection et l’inclusion sociale. Un Sommet qui s’inscrit dans la lignée de l’adoption, par le Parlement européen, du rapport relatif au Socle européen des droits sociaux en janvier dernier. Que chaque État membre s’implique dans le renforcement du modèle social européen est essentiel, mais ce qui l’est plus encore est de traduire ces engagements en de nouvelles mesures législatives réunies dans un plan d’actions et un échéancier.

Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, plaidait en début de législature, pour un « Triple A social ». Pour que ce ne soit pas qu’une formule, il faut organiser dans les textes la convergence progressive des droits sociaux au sein des différents États membres et la Commission doit en être le moteur. Il faut tirer les droits sociaux vers le haut en y consacrant un plan d’action et de nouveaux moyens financiers . Ceux-ci pourraient provenir notamment du renforcement de la lutte contre l’évasion et l’optimisation fiscales.

On pourrait aussi introduire un protocole social dans les traités, pour mettre l’aspect social et l’aspect économique sur un pied d’égalité.

Sur le plan de l’emploi, un encadrement législatif est indispensable pour réguler les nouvelles formes de travail issues de l’ère numérique et de l’économie collaborative pour que ces pratiques n’affaiblissent pas la protection des travailleurs des différents secteurs.

Comme souvent, seul un engagement des États membres sur proposition de la Commission permettra de mettre un terme à l’emploi précaire, notamment en interdisant les « contrats zéro heure », qui n’offrent aucune garantie aux travailleurs. Une première étape concrète pourrait être la réforme de la directive « déclaration écrite »que la Commission doit présenter en décembre.

Il faut également porter une attention particulière aux publics à risque ; les salariés particulièrement touchés par la précarité de l’emploi, comme les femmes, les jeunes travailleurs, les travailleurs âgés, les migrants, ainsi que les personnes souffrant de handicap.

Cela faisait plus de 20 ans qu’un sommet social n’avait été pas organisé. Les attentes sont importantes et il faut y répondre concrètement. La Commission doit prendre ses responsabilités et les États membres ne pourront pas pointer « Bruxelles » du doigt si ce Sommet ne traduit pas dans les faits un engagement politique commun. C’est l’occasion: saisissons l’opportunité pour mettre en place, avec les autorités européennes, des mécanismes de coordination, des politiques et des instruments financiers qui garantissent la justice sociale en Europe.

Theme Settings